Définition
Troisième année d'activité, une développeuse indépendante fait ses comptes : 22 000 € de matériel, d'abonnements et de sous-traitance payés dans l'année, et pas un euro déduit de son impôt.
Son expert-comptable lui parle du régime réel. Elle l'entend comme une punition réservée à ceux qui explosent les plafonds, alors que c'est d'abord une porte ouverte à tout le monde.
Passer au régime réel, c'est quitter un forfait pour un compte.
En micro, l'impôt se calcule sur le chiffre d'affaires encaissé diminué d'un pourcentage fixe, et les cotisations sont un pourcentage de ce qui rentre.
Au réel, on part du bénéfice : les recettes de l'année moins les charges réellement engagées, justificatifs à l'appui.
Le régime micro ignore vos dépenses, le régime réel les compte une par une.
Deux chemins y mènent, et ils n'ont rien en commun. Le premier est l'option, exercée auprès du service des impôts des entreprises parce que le calcul est favorable.
Le second est la sortie subie, quand le Plafond de chiffre d'affaires du régime micro est dépassé deux années de suite.
Le calcul qui décide : l'abattement contre vos charges
Prenons cette développeuse, en activité libérale relevant des BNC, avec des nombres ronds : 60 000 € encaissés en 2026.
En micro, l'Abattement forfaitaire des BNC est de 34 % en 2026, soit 20 400 € retirés d'office. Son bénéfice imposable ressort à 39 600 €, quoi qu'elle ait dépensé dans l'année.
Au réel, elle déduit ses charges. Avec 22 000 € de dépenses justifiées, son bénéfice imposable tombe à 38 000 €, soit 1 600 € de base en moins : le gain existe, mais il est mince.
Avec 30 000 € de charges, le bénéfice descend à 30 000 € et l'écart atteint 9 600 €.
Le réel devient intéressant quand vos charges dépassent le taux d'abattement de votre catégorie, ce qui revient en 2026 à 34 % du chiffre d'affaires en BNC, 50 % en prestations de services BIC, et 71 % en vente de marchandises et hôtellerie.
Ce calcul ne dit que la moitié de l'histoire, et c'est la moitié la moins chère.
Le régime micro-social suit le régime micro-fiscal : en quittant l'un, on quitte l'autre, et l'on perd avec lui le statut d'auto-entrepreneur.
Les Cotisations sociales cessent d'être un pourcentage de ce qui rentre.
Sous le régime micro, elles valent, en 2026, 12,3 % du chiffre d'affaires en vente, 21,2 % en prestations de services BIC, 25,6 % pour les libéraux non réglementés et 23,2 % pour ceux qui relèvent de la Cipav.
Aucun de ces taux ne comprend la contribution à la formation professionnelle, la taxe de chambre consulaire ni l'impôt.
Au réel, elles sont calculées sur le revenu réel, avec des cotisations minimales et une régularisation annuelle. L'URSSAF publie les montants applicables à ce régime.
La logique « 0 € encaissé, 0 € à payer » disparaît : une année sans bénéfice laisse des cotisations à payer.
Quand ce n'est plus un choix
La sortie forcée obéit à une règle simple et souvent mal lue : le régime micro ne cesse que si le plafond a été dépassé en N-1 et en N-2.
Une seule année au-dessus ne produit rien, comme le détaille la fiche Dépassement de plafond.
Les seuils à comparer sont ceux du barème publié pour les années 2026 à 2028 : 203 100 € pour la vente de marchandises et l'hôtellerie, locations meublées exclues, 83 600 € pour les prestations de services BIC comme pour les activités libérales BNC.
Et c'est bien au seuil de l'année en cours que se compare le chiffre d'affaires des deux années précédentes, pas à celui qui était affiché à l'époque.
Quand les deux cases sont cochées, la bascule intervient le 1er janvier de l'année qui suit la deuxième année de dépassement, jamais en cours d'année : un dépassement en 2025 puis en 2026 donne un régime réel au 1er janvier 2027.
Deux situations échappent à ce compteur. L'année de création et la suivante, le micro est acquis de plein droit quel que soit le chiffre d'affaires, faute d'années de référence.
Et les loueurs de meublés de tourisme non classés sont sortis du régime auto-entrepreneur au 1er janvier 2026 côté social, alors que le code général des impôts leur maintient côté fiscal un régime micro-BIC jusqu'à 15 000 €.
Ce que la bascule ne change pas
Elle ne change pas votre forme juridique. Vous restez en Entreprise individuelle : aucune société à créer, aucune immatriculation nouvelle, le même SIRET.
C'est le mode de calcul de l'impôt et des cotisations qui change, pas l'entreprise.
Elle n'a rien à voir non plus avec la TVA.
Franchir un Seuil de TVA rend redevable de la taxe sans faire perdre le régime micro, et les montants n'ont aucun rapport entre eux : un prestataire facture la TVA bien avant d'approcher les 83 600 € de plafond applicables en 2026.
Elle n'est pas définitive, enfin.
Si le chiffre d'affaires repasse sous le seuil, le régime réel reste applicable l'année de la redescente, puis le micro s'applique de nouveau de plein droit l'année suivante, sauf option contraire.
Ce qui se perd dès le premier jour, en revanche, c'est le Versement libératoire de l'impôt sur le revenu, réservé au régime micro, ainsi que la comptabilité allégée : le livre des recettes ne suffit plus, puisque chaque charge déduite doit être enregistrée et justifiée pièce par pièce.
Questions fréquentes
Le régime réel est-il réservé à ceux qui dépassent les plafonds ?
Non : c'est une option ouverte à toute micro-entreprise, quel que soit son chiffre d'affaires, et elle s'exerce auprès du service des impôts des entreprises.
Beaucoup de créateurs la prennent volontairement dès le départ parce qu'ils investissent lourdement : local, matériel, stock, sous-traitance.
La sortie après deux dépassements n'est que l'autre porte d'entrée, la seule qui ne se choisit pas.
À partir de combien de charges le régime réel devient-il intéressant ?
Comparez vos dépenses réelles au taux d'abattement de votre catégorie en 2026 : 34 % du chiffre d'affaires en BNC, 50 % en prestations de services BIC, 71 % en vente de marchandises et hôtellerie.
En dessous, le forfait vous avantage. Au-dessus, le réel commence à payer, à condition d'intégrer le coût d'un expert-comptable et le changement de base des cotisations sociales.
Comment mes cotisations sont-elles calculées une fois au réel ?
Sur votre revenu réel, avec des cotisations minimales et une régularisation annuelle ; les montants applicables sont publiés par l'URSSAF pour ce régime.
Le changement de logique pèse autant que le montant : vous versez des acomptes en cours d'année, puis vous payez ou récupérez la différence, au lieu de verser un pourcentage de chaque encaissement.
Peut-on revenir au régime micro après en être sorti ?
Oui.
L'année où le chiffre d'affaires repasse sous le seuil, le régime réel reste applicable, puis le régime micro s'applique de nouveau de plein droit dès l'année suivante, sauf si vous avez opté pour le réel.
Croire qu'une sortie est définitive pousse chaque année des indépendants à changer de forme juridique sans la moindre nécessité.