Définition
Vous avez rempli un formulaire au Guichet unique, reçu un numéro SIRET quelques jours plus tard, et depuis vous dites « j'ai créé une micro-entreprise ».
Juridiquement, ce n'est pas ce qui s'est passé : vous avez créé une entreprise individuelle.
C'est la seule forme juridique qui permet d'exercer seul sans créer de société, et c'est elle qui figure sur votre avis de situation.
La Micro-entreprise, elle, n'est pas une forme juridique : c'est un régime fiscal et social posé par-dessus, avec un abattement forfaitaire, des cotisations calculées en pourcentage du chiffre d'affaires et une comptabilité allégée.
L'entreprise individuelle est le véhicule, le régime micro est le réglage. Changer de réglage ne change pas de véhicule, et c'est là toute la portée de la distinction.
Pas de personnalité morale : ce que ça change
Une société existe séparément de son fondateur : elle a un capital, un patrimoine, ses propres comptes. Une entreprise individuelle, non.
Il n'y a qu'une seule personne, vous, qui porte deux casquettes. Trois conséquences très concrètes en découlent.
D'abord, l'impôt.
Votre bénéfice est imposé à votre nom, dans la déclaration de revenus de votre foyer. Une graphiste indépendante qui encaisse 30 000 € au cours de l'année 2026 relève des BNC, la catégorie des bénéfices non commerciaux qui couvre les activités libérales.
Elle applique l'Abattement forfaitaire de 34 % en vigueur en 2026 : 30 000 moins 10 200, soit 19 800 € de bénéfice qui s'ajoutent aux revenus du foyer.
Ce montant est imposé même si elle n'a rien sorti de son compte.
L'entreprise ne paie pas d'impôt à sa place, puisqu'elle n'existe pas fiscalement à côté d'elle.
Ensuite, l'association. Pas de capital, pas de parts, pas d'associé : accueillir quelqu'un dans l'aventure suppose de créer une société.
Enfin, le patrimoine.
Depuis la réforme de 2022, les biens utiles à l'activité forment un Patrimoine professionnel distinct de vos biens personnels, et vos créanciers professionnels ne peuvent en principe saisir que celui-là.
Cette séparation n'est pas un coffre-fort, et ses trous sont justement ceux que vous croiserez le plus souvent.
Le fisc peut saisir vos deux patrimoines pour l'impôt sur le revenu, et l'URSSAF pour vos cotisations sociales, comme l'expose la notice officielle : ces deux créanciers-là, que tout entrepreneur a en face de lui, ne sont pas arrêtés par la frontière.
Une banque peut par ailleurs vous demander de renoncer à la protection pour un engagement précis, et celle-ci cède en cas de manoeuvre frauduleuse ou de manquement grave aux obligations fiscales et sociales.
Une renonciation signée sans la lire remet votre logement dans la partie.
Entreprise individuelle et micro-entreprise : la confusion à démonter
La différence se voit le jour où le régime saute. Le Plafond de chiffre d'affaires des prestations de services et des activités libérales est de 83 600 € pour les années 2026 à 2028.
Beaucoup le lisent ainsi : un euro au-dessus et tout s'arrête.
Le régime micro ne cesse que si le seuil est dépassé deux années civiles consécutives, et la bascule intervient au 1er janvier suivant.
Notre graphiste encaisse 90 000 € en 2026, puis 95 000 € en 2027 : deux dépassements de suite, donc Passage au régime réel au 1er janvier 2028.
Avec 70 000 € en 2027, il ne se serait rien passé.
Ce qui compte est le chiffre d'affaires hors taxes effectivement encaissé dans l'année civile, pas les factures émises : une facture de décembre payée en janvier bascule sur l'année suivante.
Et le jour de la sortie, l'entreprise individuelle continue : même numéro SIREN, même SIRET, mêmes clients.
Ce qui disparaît, c'est le régime micro, et avec lui le statut d'auto-entrepreneur.
L'impôt porte alors sur le bénéfice réel, charges déduites au lieu de l'abattement, et les cotisations sont calculées sur ce revenu réel, avec une régularisation chaque année. La mécanique rassurante du micro, zéro encaissé donc zéro à payer, s'arrête là.
Si le chiffre d'affaires redescend sous le seuil, le régime micro s'applique de nouveau de plein droit l'année suivante, comme le rappelle la fiche officielle : sortir du micro n'a rien de définitif.
Autre frontière à ne pas confondre avec la première : le Seuil de TVA.
En 2026, un prestataire sort de la franchise dès 37 500 € de chiffre d'affaires, et de toute façon à 85 000 € toutes activités confondues : bien avant le plafond du régime micro.
Facturer la TVA ne coûte pas le statut de micro-entrepreneur : les deux jeux de seuils sont indépendants.
Questions fréquentes
L'EIRL existe-t-elle encore ?
Non, elle n'est plus proposée à la création depuis la réforme de 2022.
Elle servait à isoler un patrimoine d'affectation, ce que la loi fait désormais automatiquement pour toute entreprise individuelle, sans déclaration ni formalité annuelle à répéter.
Peut-on avoir deux entreprises individuelles ?
Non : une personne physique n'en détient qu'une seule, avec un numéro SIREN unique.
Plusieurs activités se logent dans la même entreprise, l'une étant déclarée comme principale, chacune gardant ses propres règles d'abattement et de cotisation.
Faut-il un capital pour créer une entreprise individuelle ?
Aucun capital n'est exigé, il n'y a ni statuts à rédiger ni annonce légale à publier.
C'est ce qui rend la création presque gratuite, et c'est aussi pour cela que l'entreprise ne se vend pas comme des parts de société : ce qui se cède, c'est le fonds ou la clientèle.