L'indemnité de 40 € : due de plein droit sur chaque facture en retard

Un client professionnel qui paie en retard vous doit une indemnité fixe, sur chaque facture et sans rien réclamer. Ce qu'elle couvre, qui ne la doit jamais.
6 min de lectureInformations vérifiées le 29 septembre 2026
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Définition

La facture est partie le 3 mars, payable sous trente jours. Le 4 avril, rien. Camille, développeuse indépendante, relance par courriel, poliment, puis attend encore.

Quand l'agence règle enfin, six semaines plus tard, elle a passé deux demi-journées à courir après son argent et elle est persuadée qu'aucun texte ne les lui fera payer. Un texte le fait.

La ligne qui l'annonce est imprimée en bas de sa propre facture, recopiée depuis deux ans sans avoir jamais été lue.

L'indemnité forfaitaire de recouvrement est une somme fixe que tout client professionnel doit à son fournisseur dès qu'il paie une facture après l'échéance.

Elle couvre de façon forfaitaire ce que la relance a coûté : le temps passé, les courriers, les appels.

Elle est due de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans relance préalable et sans qu'aucune clause de contrat ne soit nécessaire. Son montant est un forfait fixé par décret, inscrit à l'article D. 441-5 du code de commerce, où il se lit en une ligne.

Elle s'ajoute aux Pénalités de retard, qui se calculent en pourcentage et grossissent avec la durée du retard : deux sommes distinctes, jamais l'une à la place de l'autre.


Qui la doit, et à partir de quand

Le débiteur est un professionnel, et lui seul.

Un client particulier ne la doit jamais, quoi que prévoient vos conditions générales de vente : le texte régit les relations entre professionnels, et l'inscrire sur une facture adressée à un consommateur ne crée aucun droit contre lui.

Face à un particulier qui ne paie pas, les outils sont ailleurs : la Mise en demeure d'abord, puis, si le silence continue, l'Injonction de payer.

Le point de départ est la date d'échéance portée sur la facture, celle que fixe votre Délai de paiement.

Le lendemain, l'indemnité est acquise : rien à demander, rien à prouver, aucun préjudice à justifier.

Elle se compte par facture impayée, et non par client ni par jour de retard : trois factures en souffrance chez le même client ouvrent droit à trois indemnités, tandis qu'une facture réglée avec six mois de retard n'en produit qu'une.

Deux bornes complètent la règle. Si les frais réellement engagés dépassent le forfait, une indemnisation complémentaire peut être réclamée sur justificatifs.

Et l'indemnité cesse d'être due lorsque l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire interdit au client de payer à l'échéance.


Trois factures en retard, le calcul complet

Camille facture la même agence trois mois de suite, 1 200 € par mois, payables à trente jours. Aucune des trois n'est réglée à temps.

Elle réclame donc trois indemnités, une par facture, en plus des pénalités calculées sur chaque durée de retard.

Si elle avait regroupé ses trois missions sur une facture unique de 3 600 €, elle n'en aurait obtenu qu'une : regrouper ses factures pour simplifier revient à renoncer aux deux tiers de ce que la loi lui accorde.

Pendant ces trois mois, ces 3 600 € ne lui coûtent rien.

En micro-entreprise, c'est l'Encaissement qui déclenche tout : une facture émise et jamais payée n'entre ni dans la déclaration de chiffre d'affaires, ni dans le plafond du régime.

Le jour où l'agence règle, les 3 600 € tombent dans le trimestre de l'encaissement.

Le calcul donne 3 600 × 25,6 %, soit 921,60 € de cotisations sociales au taux 2026 des activités libérales non réglementées relevant du régime général, hors Cipav.

S'y ajoutent 7,20 € de contribution à la formation professionnelle, au taux 2026 de 0,2 % des professions libérales.

Ce taux de 25,6 % en 2026 ne couvre ni cette contribution, ni l'impôt sur le revenu, qui viennent en plus ; la taxe de chambre consulaire, elle, ne pèse que sur les commerçants et les artisans, jamais sur une activité libérale.

Attention

Le vrai coût d'un impayé n'est pas la facture, c'est ce qu'il fait manquer ailleurs.

Les cotisations ne valident des trimestres de retraite que si elles sont effectivement payées : à chiffre d'affaires identique, un cotisant à jour valide son trimestre là où un cotisant en retard n'en valide aucun.

Deux clients lents peuvent donc vous coûter des trimestres, sans commune mesure avec l'indemnité qu'ils vous doivent. Quand l'échéance URSSAF approche et que l'argent n'est pas rentré, demandez un Échéancier URSSAF avant la date de prélèvement, jamais après.


Ce qui se confond tout le temps

Trois sommes différentes se cachent derrière un même retard. Les pénalités courent au jour le jour et grossissent tant que la facture reste impayée.

L'indemnité forfaitaire, elle, est unique et fixe, quelle que soit la durée.

L'indemnisation complémentaire ne s'obtient que sur justificatifs, lorsque la note du recouvrement dépasse le forfait. Les trois se cumulent, aucune n'annule les autres.

Reste la confusion la plus coûteuse : croire que l'indemnité naît de la facture.

Sa mention figure bien parmi les Mentions obligatoires de toute facture entre professionnels, aux côtés du taux des pénalités et de la date de règlement, et l'omettre expose à une amende administrative.

Mais c'est la loi qui crée cette créance, pas votre document : une facture qui aurait oublié la ligne ouvre le même droit, et une facture qui l'affiche ne rend pas votre client débiteur avant l'échéance.


Questions fréquentes

Question

Suis-je obligé de la réclamer à chaque retard ?

Non. Cette indemnité vous est due, elle ne s'impose pas à vous : rien n'interdit de laisser passer deux jours de retard chez un client fidèle.

Ce qui se paie cher, en revanche, c'est d'annoncer d'avance que vous n'appliquez jamais ni pénalités ni indemnité, car vos factures passent alors en dernier dans les paiements de vos clients.


Question

Dois-je l'écrire sur les factures adressées à des particuliers ?

La mention vise les factures entre professionnels et ne produit aucun effet sur un consommateur.

Le plus clair est de tenir deux modèles : celui des clients professionnels, avec la ligne, et celui des particuliers, sans elle.

Face à un consommateur, seuls le contrat, la relance écrite et la procédure civile jouent.


Question

Mon client refuse de payer cette indemnité, que faire ?

Reprenez-la dans une mise en demeure écrite, avec le détail du calcul facture par facture, puis saisissez le tribunal compétent par une requête en injonction de payer.

Le juge dispose du texte, et l'indemnité étant due de plein droit, elle ne se négocie pas : c'est au client de prouver qu'il a payé dans les délais.


Question

Puis-je la réclamer alors que la facture est déjà réglée ?

Oui, car la créance est née le lendemain de l'échéance : un paiement tardif ne l'efface pas, il la constate.

En pratique, elle se réclame dans la relance ou juste après le règlement, tant que la relation commerciale permet encore d'en parler sans transformer un retard de dix jours en litige ouvert.


Mise en demeure pour facture impayée l'ajoute au décompte quand votre client est une entreprise, et vous dit ce qui reste réclamable quand il ne l'est pas.

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