Définition
Vous venez de déclarer 30 000 € encaissés sur l'année en libéral non réglementé, et l'Urssaf a prélevé 7 680 €, soit 25,6 % du montant déclaré en 2026.
À l'écran, une seule ligne : cotisations sociales.
Rien n'indique qu'une part de cette somme achète un deuxième étage de retraite, celui dont beaucoup de créateurs croient qu'il n'existe pas dans ce statut.
La retraite complémentaire est un régime obligatoire qui vient s'ajouter à la Retraite de base.
En micro-entreprise, elle est financée par une part du forfait de Cotisations sociales calculé sur le chiffre d'affaires encaissé : vous ne la souscrivez pas, vous la payez déjà.
Artisans, commerçants et libéraux non réglementés relèvent du régime complémentaire des indépendants, rattaché à la Sécurité sociale des indépendants.
Les professions libérales réglementées relèvent de la CIPAV, qui gère son propre régime complémentaire.
Ce que votre forfait verse vraiment à la complémentaire
Le taux que vous payez ne dit rien de sa destination.
Au 1er janvier 2026, la répartition interne du forfait a changé sans que le taux affiché bouge : la CSG-CRDS recule au profit des cotisations qui ouvrent des droits.
Voici ce qui part vers la complémentaire sur 100 € de cotisations versées en 2026, d'après la répartition publiée par l'Urssaf.
| Activité déclarée en 2026 | Part complémentaire sur 100 € de cotisations | Sur 30 000 € encaissés dans l'année |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (12,3 %) | 19,75 € | 728,78 € |
| Prestations de services BIC (21,2 %) | 19,75 € | 1 256,10 € |
| Libéral non réglementé, BNC du régime général (25,6 %) | 21,00 € | 1 612,80 € |
| Libéral réglementé affilié à la Cipav (23,2 %) | 30,70 € | 2 136,72 € |
Lecture. Un développeur indépendant non réglementé qui encaisse 30 000 € en 2026 verse 7 680 € de cotisations, soit 30 000 × 25,6 %, dont 1 612,80 € rejoignent sa complémentaire.
Un architecte affilié à la Cipav, sur le même chiffre d'affaires, paie moins au total, 6 960 € au taux de 23,2 %, et pourtant 2 136,72 € partent vers sa complémentaire, contre 1 612,80 € pour le premier.
Ces montants sont des calculs, pas des chiffres publiés comme tels.
Et ces taux ne couvrent ni la contribution à la formation professionnelle, ni la taxe de chambre consulaire, ni l'impôt sur le revenu, qui ne financent aucune retraite.
Une formule circule depuis janvier : « en 2026, la part retraite augmente pour tout le monde ».
Elle est fausse pour les libéraux non réglementés, dont la part affectée à la retraite de base baisse, de 47,60 % du forfait en 2025 à 46,40 % en 2026.
Ce qui augmente chez eux, c'est le montant en euros, parce que le taux global est passé de 24,6 % en 2025 à 25,6 % en 2026.
Cotiser n'est pas toujours acquérir. Un retraité qui reprend une activité en micro paie le forfait entier, part complémentaire comprise, sans que sa pension augmente d'un centime.
Même logique en cas d'impayé : les droits se calculent sur les cotisations effectivement payées, jamais sur les cotisations dues.
Un échéancier en retard coûte des droits, pas seulement des majorations.
Des points, pas des trimestres
La confusion la plus fréquente oppose deux mécaniques que tout sépare.
La retraite de base compte des trimestres.
Pour les micro-entrepreneurs qui relèvent de l'Assurance retraite, donc hors Cipav, la Validation de trimestre obéit à la règle des 150 heures de SMIC horaire au 1er janvier de l'année.
Cela revient à 1 803 € de revenu cotisé pour 2026, soit 150 × 12,02 €. C'est un calcul et non un montant publié.
Le résultat est tronqué, jamais arrondi au trimestre supérieur.
La revalorisation du SMIC à 12,31 € au 1er juin 2026 ne rejoue pas sur les trimestres de l'année en cours, et le maximum reste de quatre trimestres par année civile.
La part du forfait affectée à la retraite de base est convertie en revenu cotisé selon une clé fixée par la réglementation, puis comparée à ces 150 heures.
En dehors des professions libérales réglementées, l'administration ne publie plus de montant de chiffre d'affaires par activité : le relevé de carrière fait foi.
Les affiliés à la Cipav suivent un autre chemin, leur régime ne relevant pas de l'Assurance retraite : c'est la seule catégorie pour laquelle l'Urssaf publie encore un tableau de chiffre d'affaires par trimestre.
La complémentaire, elle, ignore les trimestres.
Elle accumule des points, achetés par vos cotisations et convertis en euros au moment de la liquidation, selon des paramètres que le régime fixe et publie chaque année.
Les trimestres décident de la date de départ, les points décident du montant. Une très bonne année ne rapportera donc jamais plus de quatre trimestres, mais elle achètera d'autant plus de points.
Dernier voisin à ne pas confondre : le Plan d'épargne retraite. Le PER est une épargne volontaire, que vous alimentez quand vous le décidez et qui suit ses propres règles fiscales.
La complémentaire est un prélèvement obligatoire, proportionnel au chiffre d'affaires, que vous ne pouvez ni refuser ni augmenter.
Questions fréquentes
L'ACRE fait-elle baisser ma retraite complémentaire ?
Non.
Pendant la période d'ACRE, les droits sont calculés sur le forfait qui aurait été dû sans elle, et la même neutralisation vaut pour les taux réduits des départements et régions d'outre-mer.
Une seule condition, jamais facultative : être à jour du paiement de vos cotisations.
Salarié et micro-entrepreneur : ai-je deux retraites complémentaires ?
Oui, les deux régimes fonctionnent en parallèle et se cumulent au moment de la liquidation.
Le plafond de quatre trimestres par année civile n'y change rien : un salarié qui valide déjà ses quatre trimestres n'en gagne aucun de plus en micro, mais il continue d'acquérir des droits supplémentaires.
Puis-je cotiser davantage pour améliorer ma complémentaire ?
Pas dans le régime obligatoire.
Le forfait est strictement proportionnel au chiffre d'affaires encaissé et ne se choisit pas : à 10 000 € comme à 60 000 €, la part complémentaire suit le même pourcentage.
Le seul levier volontaire reste l'épargne personnelle, jamais un rachat de points.
Une année sans chiffre d'affaires compte-t-elle ?
Non. Sans encaissement, il n'y a pas de cotisation, donc aucun point acquis et aucun trimestre validé, alors même que la déclaration reste obligatoire avec un montant à zéro.
Chiffres en vigueur en 2026, vérifiés au 5 septembre 2026.