Lundi matin. La relance à ce prospect est sur votre liste depuis trois semaines.
Vous avez rangé votre bureau, changé la couleur de votre site et regardé une vidéo sur la productivité. La relance, elle, attend toujours.
La procrastination, c'est repousser une tâche en sachant très bien que ce report vous coûtera. Ce n'est pas de la paresse : c'est d'abord une façon de fuir une émotion désagréable que la tâche fait naître.
Quand on travaille à son compte, elle coûte plus cher. Personne ne vous fixe d'échéance avant celle du client ou de l'Urssaf, et ce sont souvent les tâches qui rapportent qu'on repousse.
Découvrons donc pourquoi on procrastine, pourquoi c'est pire en solo, et comment s'y remettre sans patron derrière soi, même si vous vous dites que vous êtes « comme ça ».
Si ce n'est pas de la paresse, qu'est-ce que c'est ?
Regardez votre lundi matin. Vous n'êtes pas resté au lit. Vous avez rangé, bricolé, appris. Le procrastinateur est souvent très occupé, simplement pas à la bonne tâche.
Le psychologue canadien Tim Pychyl, de l'université Carleton, étudie la question depuis des années. Avec Fuschia Sirois, il la décrit comme un moyen de réparer son humeur tout de suite, au détriment de celui que vous serez demain.
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D'après leur synthèse publiée en 2013, la tâche provoque un malaise : de l'ennui, de l'angoisse, la peur d'échouer. La repousser fait disparaître ce malaise sur-le-champ. Le prix, lui, est payé plus tard.
C'est un peu comme repousser un rendez-vous chez le dentiste. Vous savez que la dent ne guérira pas toute seule. Vous gagnez juste quelques jours sans y penser !
Pour ma part, j'ai déjà passé un après-midi entier à refaire la miniature d'une vidéo. Le vrai travail du jour, c'était ma comptabilité 😬
Pourquoi repousse-t-on certaines tâches et pas d'autres ?
Le chercheur Piers Steel, de l'université de Calgary, a réuni en 2007 près de 700 résultats d'études sur la procrastination. Sa méta-analyse (une étude qui combine les résultats de beaucoup d'autres) fait ressortir quatre causes très nettes :
- La tâche est désagréable, ennuyeuse, angoissante ou pénible ;
- Vous doutez de réussir, et le doute coupe l'envie de commencer ;
- La récompense est lointaine, comme un client qui signera peut-être dans deux mois ;
- Vous êtes facilement distrait, et la moindre tentation passe devant.
Steel a même tiré de ses travaux une équation, popularisée par son livre The Procrastination Equation. En clair, votre envie de vous y mettre grimpe quand vous croyez réussir et que la tâche compte pour vous. Elle s'effondre quand la récompense est loin et que les distractions sont proches.
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Dans la même méta-analyse, le fait d'être anxieux de nature n'a qu'un lien faible avec la procrastination. Ce qui compte surtout, c'est ce que la tâche vous fait ressentir, et le temps qui vous sépare de sa récompense. Bonne nouvelle : ces deux-là se changent.
Pourquoi est-ce pire quand on travaille à son compte ?
Salarié, vous aviez des échéances posées par d'autres. Une réunion d'équipe, un point avec votre manager, un collègue qui attend votre partie. Ces petites dates rapprochaient la récompense.
À votre compte, la première échéance, c'est souvent celle du client. Et les tâches qui font vivre votre activité cumulent les quatre causes de Steel.
| La tâche | Ce qu'elle vous fait ressentir | Ce que vous faites à la place |
|---|---|---|
| Relancer un prospect | La peur du refus | Retoucher votre portfolio |
| Envoyer un devis | La peur d'annoncer votre prix | Relire le devis encore une fois |
| Déclarer votre chiffre d'affaires | L'ennui, et la peur de vous tromper | Répondre aux mails faciles |
| Vous former | Un effort sans résultat immédiat | Regarder des vidéos « pour apprendre » |
Si la peur de ne pas être à la hauteur revient souvent dans votre liste, elle a peut-être un nom. Notre article sur le syndrome de l'imposteur à son compte montre comment il pousse à tout repousser, puis à tout faire la veille.
Pour l'administratif, au moins, les dates existent, même si personne ne vous les rappelle. Notre outil Par quoi commencer vous les donne en quatre questions, dans l'ordre, avec les échéances.
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Ajoutez à cela la maison. Le lit, le frigo et le téléphone sont à deux pas, sans collègue pour voir votre écran.
Comment s'y remettre quand personne ne vous surveille ?
Vous ne vous changerez pas en une semaine, et ce n'est pas le but. Chacune des idées qui suivent attaque l'une des causes vues plus haut.
Commencez par deux minutes
Le plus dur, c'est le premier pas, parce que c'est lui qui déclenche le malaise. Rendez-le minuscule. Ouvrez le mail de relance et écrivez « Bonjour ». Ou ouvrez le tableur et tapez la date.
Une fois lancé, la tâche fait souvent moins peur qu'en y pensant. Et si vous vous arrêtez au bout de deux minutes, vous avez quand même avancé.
Décidez quand et où, pas seulement quoi
« Je relance mes prospects cette semaine » ne vous engage à rien. « Mardi à 9 h, avant d'ouvrir mes mails, j'envoie trois relances », si.
Les psychologues appellent ça une intention de mise en œuvre, c'est-à-dire un plan « quand X arrive, je fais Y ». Une méta-analyse de Peter Gollwitzer et Paschal Sheeran, en 2006, conclut que ces plans aident nettement à passer à l'action.
Travaillez par blocs courts
Une tâche sans fin décourage avant même de commencer. Un bloc de 25 minutes, lui, a une fin visible.
C'est le principe de la méthode Pomodoro, inventée par l'Italien Francesco Cirillo avec un minuteur de cuisine en forme de tomate. Vingt-cinq minutes de travail, cinq de pause, et on recommence.
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Pendant le bloc, le téléphone part dans une autre pièce. Ça paraît bête, mais c'est la distraction la plus proche que vous éloignez.
Rapprochez la récompense
Le client qui signera dans deux mois ne vous motive pas aujourd'hui. Créez des échéances plus proches. Annoncez une date de livraison à votre client, ou fixez une heure à un ami pour lui montrer votre nouvelle offre.
Une petite récompense juste après la tâche marche aussi. Le café, la balade ou l'épisode de série arrivent après la relance, pas avant.
Pardonnez-vous la dernière fois
Ça peut sembler mou, et pourtant ! En 2010, Michael Wohl, Tim Pychyl et Shannon Bennett ont suivi des étudiants entre deux examens.
D'après leur étude, ceux qui s'étaient pardonné d'avoir procrastiné avant le premier examen ont moins procrastiné avant le second. Se reprocher la dernière fois ajoute du malaise, et vous savez maintenant ce que le malaise fait faire.
Si vous repoussez presque tout, depuis longtemps, et que ça s'accompagne de fatigue, d'angoisse ou d'un moral en berne, ce n'est plus une question d'organisation. La procrastination va souvent de pair avec l'anxiété ou la dépression. Parlez-en à votre médecin.
Pour commencer, prenez la tâche que vous repoussez depuis le plus longtemps et faites-en deux minutes avant de passer à autre chose. Vous verrez bien si vous continuez 😉
Questions fréquentes
La procrastination, est-ce de la paresse ?
Non. Le procrastinateur fuit une émotion désagréable que la tâche provoque (ennui, angoisse, peur d'échouer), pas l'effort en lui-même.
Il est d'ailleurs souvent très occupé, mais par des tâches plus faciles que celle qu'il repousse.
Pourquoi procrastine-t-on même sur des tâches importantes ?
Parce que repousser la tâche fait disparaître le malaise tout de suite, alors que son prix ne se paie que plus tard. C'est ce que décrivent les psychologues Fuschia Sirois et Tim Pychyl.
Plus la récompense est lointaine et la tâche désagréable, plus on la repousse, d'après la méta-analyse de Piers Steel publiée en 2007.
Pourquoi procrastine-t-on plus quand on travaille à son compte ?
Parce que personne ne vous fixe d'échéance avant celle du client. Salarié, des réunions et des collègues rapprochaient les dates.
Les tâches qui font vivre une activité (relancer, envoyer un devis, déclarer son chiffre d'affaires) sont aussi souvent désagréables, et leur récompense arrive tard.
Comment arrêter de procrastiner quand on travaille seul ?
Commencez par deux minutes, et décidez à l'avance quand et où vous ferez la tâche. Ces plans précis aident nettement à passer à l'action, d'après une méta-analyse de 2006.
Travaillez par blocs courts, rapprochez la récompense avec des échéances plus proches, et pardonnez-vous la dernière fois.
Se pardonner d'avoir procrastiné, ça aide vraiment ?
Oui, d'après une étude de 2010 sur des étudiants : ceux qui s'étaient pardonné avant un premier examen ont moins procrastiné avant le second.
Se reprocher ses retards ajoute du malaise, et c'est justement ce malaise qui pousse à repousser.

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