Le mois dernier, vous avez suivi une formation en entier. Vous avez pris des notes, tout compris, tout coché.
Puis un client vous pose une question précise sur le sujet. Et là, plus rien. « J'ai pourtant tout vu ! »
Vous venez de rencontrer la courbe de l'oubli. Elle décrit la vitesse à laquelle on oublie ce qu'on apprend : très vite au début, puis de plus en plus lentement. Bonne nouvelle, chaque révision faite au bon moment la ralentit.
Découvrons donc d'où vient cette courbe, ce que ses chiffres veulent vraiment dire, et comment retenir ce que vous apprenez quand vous vous formez seul, même avec peu de temps.
Qu'est-ce que la courbe de l'oubli ?
Elle vient d'un psychologue allemand, Hermann Ebbinghaus. Dans les années 1880, il a fait quelque chose d'assez fou : il s'est servi de cobaye pendant des années.
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Il apprenait par cœur des listes de syllabes inventées, sans aucun sens, pour que rien ne l'aide à s'en souvenir. Puis il les réapprenait après 20 minutes, une heure, un jour ou un mois, en chronométrant le tout.
Plus il lui fallait de temps pour réapprendre une liste, plus il l'avait oubliée. Il a publié ses résultats en 1885, et la courbe qu'ils dessinent porte son nom.
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Vingt minutes après avoir appris une liste, il la réapprenait en gagnant 58 % de son temps. Au bout d'un jour, il n'en gagnait plus que 34 %, et 21 % au bout d'un mois. L'essentiel de l'oubli se joue dans les premières heures. Ensuite, la pente s'adoucit.
Vous lirez souvent qu'on oublie 70 % de ce qu'on apprend en 24 heures. Ce chiffre déforme Ebbinghaus. Ses pourcentages mesurent le temps gagné à réapprendre, pas la part de ce qu'il se rappelait. Et il travaillait sur des syllabes sans aucun sens, plus faciles à oublier que ce que vous apprenez pour votre métier.
La courbe, elle, tient bon. En 2015, deux chercheurs de l'université d'Amsterdam, Jaap Murre et Joeri Dros, ont refait l'expérience pendant 70 heures. Leur courbe a la même forme que celle de 1885.
Pourquoi oublie-t-on aussi vite ?
Une connaissance ressemble à un chemin dans l'herbe haute. Si personne ne l'emprunte, l'herbe repousse. Si vous repassez plusieurs fois, le chemin se creuse et se voit de loin.
Ebbinghaus avait choisi des syllabes sans sens justement parce que le sens aide à retenir. Ce que vous rattachez à ce que vous savez déjà s'oublie moins vite que ce qui flotte tout seul.
Murre et Dros ont aussi relevé une petite remontée de la courbe autour de 24 heures. Certains chercheurs l'attribuent au sommeil, qui aiderait à ranger ce qu'on a appris dans la journée.
Pour ma part, j'ai déjà suivi tout un cours sur la TVA entre pays européens. Trois mois plus tard, devant ma première facture à l'étranger, j'ai dû tout reprendre 🥲
Comment ralentir la courbe de l'oubli ?
Les recherches sur la mémoire ont fait beaucoup de chemin depuis Ebbinghaus. Deux gestes ressortent nettement, et un troisième vous évite d'y penser.
Testez-vous au lieu de relire
Relire ses notes donne l'impression de savoir. Le texte vous paraît familier, donc vous croyez le connaître. Se tester oblige à aller chercher l'information, et c'est ce geste qui la fixe.
En 2006, Henry Roediger et Jeffrey Karpicke l'ont mesuré sur 120 étudiants. Après avoir lu un texte, les uns le relisaient, les autres essayaient de le réécrire de mémoire.
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Cinq minutes après, relire gagnait encore. Mais une semaine plus tard, ceux qui s'étaient testés retrouvaient 56 % du texte, contre 42 % pour ceux qui avaient relu.
Le plus troublant vient de leur seconde expérience. Les étudiants qui avaient relu quatre fois se disaient les plus sûrs de retenir le texte. Une semaine plus tard, ils en retrouvaient 40 %, contre 61 % pour ceux qui s'étaient testés trois fois !
Espacez vos révisions
Réviser trois fois le même soir aide moins que réviser trois fois sur trois semaines. Une méta-analyse de 2006, qui réunit 317 expériences, le confirme. Elle montre aussi que plus vous voulez retenir longtemps, plus il faut espacer vos révisions.
Une équipe menée par Harold Pashler donne un repère. Placez une révision à environ 10 à 20 % du délai qui vous sépare du moment où vous en aurez besoin. Pour vous en servir dans un mois, révisez autour du troisième au sixième jour.
Laissez une application calculer les dates
Personne n'a envie de tenir un calendrier de révisions à la main. Des applications de cartes mémoire le font pour vous, et la plus connue s'appelle Anki.
Vous écrivez une question d'un côté de la carte, la réponse de l'autre. Après chaque réponse, vous dites si c'était facile ou non, et Anki décide quand vous la remontrer.
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Une carte ratée revient dans dix minutes. Une carte réussie sans effort attend plusieurs jours, puis des semaines. Vous ne révisez que ce que vous êtes sur le point d'oublier.
Servez-vous de ce que vous apprenez, vite
Quand on est à son compte, le meilleur test est souvent un vrai dossier. Appliquez la notion du jour à un client, à votre site ou à votre prochaine facture, dans la semaine.
Pas de dossier sous la main ? Demandez à une IA de vous interroger sur votre cours, sans vous donner les réponses. Notre article sur apprendre avec l'IA sans devenir moins bon montre comment la faire travailler dans ce sens.
Pour commencer, fermez cet article et essayez d'en écrire les trois idées principales sans le relire. Vous venez de faire votre premier test 😉
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la courbe de l'oubli d'Ebbinghaus ?
C'est la courbe qui décrit la vitesse à laquelle on oublie ce qu'on a appris. Le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus l'a mesurée sur lui-même et publiée en 1885.
L'oubli est rapide dans les premières heures, puis il ralentit. Une reproduction de son expérience, publiée en 2015, a retrouvé la même forme.
Combien oublie-t-on après 24 heures ?
Il n'existe pas de chiffre valable pour tout. Chez Ebbinghaus, réapprendre une liste au bout d'un jour ne lui faisait plus gagner que 34 % de son temps, contre 58 % au bout de 20 minutes.
Le « 70 % oublié en 24 heures » qui circule déforme ces mesures, faites sur des syllabes sans aucun sens.
Quand faut-il réviser pour ne pas oublier ?
Le lendemain, puis à intervalles de plus en plus longs. Une méta-analyse de 2006 portant sur 317 expériences montre que plus on veut retenir longtemps, plus il faut espacer.
Un repère proposé par Harold Pashler : réviser à environ 10 à 20 % du délai avant le moment où vous aurez besoin de l'information.
Relire ses notes, est-ce efficace ?
Moins que se tester. Dans l'étude de Roediger et Karpicke de 2006, ceux qui s'étaient testés retrouvaient 56 % d'un texte une semaine plus tard, contre 42 % pour ceux qui l'avaient relu.
Relire donne surtout l'impression de savoir, parce que le texte paraît familier.
Qu'est-ce que la répétition espacée ?
C'est une méthode qui consiste à réviser une notion juste avant de l'oublier, à des intervalles de plus en plus longs.
Des applications de cartes mémoire comme Anki calculent ces dates pour vous selon la facilité avec laquelle vous répondez.





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