Avez-vous déjà entendu parler de la courbe de la connaissance ? Aussi appelée courbe de l'apprentissage, elle est en fait liée à un effet psychologique très connu : l'effet Dunning-Kruger.
Il s'agit d'un biais cognitif bien connu en psychologie, qui explique pourquoi les personnes les moins compétentes dans un domaine ont tendance à surestimer leurs capacités, tandis que les plus compétentes ont tendance à sous-estimer légèrement leur niveau.
Sur internet, on représente souvent cet effet par cette courbe. Elle ne vient pourtant pas de l'étude : Dunning et Kruger n'ont jamais tracé ce pic suivi d'un creux.
Comme vous pouvez le voir, cette courbe raconte l'apprentissage en trois étapes :
- Une phase de compétence illusoire ;
- Une phase de désespoir ;
- Une phase de compétence croissante.
Dans cet article, nous allons voir ensemble ce que l'étude de 1999 a vraiment montré, comment cet effet influence la manière dont nous apprenons et percevons nos compétences, et pourquoi il est essentiel de le comprendre pour évoluer.
Les origines de l'effet Dunning-Kruger
C'est en 1999 que David Dunning et Justin Kruger, deux chercheurs de l'université Cornell, publient leur étude sur ce biais psychologique. Selon cette dernière, les individus qui ont peu de compétences dans un domaine sont souvent incapables de reconnaître leur incompétence.
Ceci les conduit ensuite à surestimer leurs capacités et les amène à une confiance excessive.
Ce que l'étude a vraiment mesuré
Concrètement, les deux chercheurs ont fait passer à des étudiants des tests d'humour, de logique et de grammaire, puis leur ont demandé d'estimer combien de participants ils avaient dépassés.
Le quart le moins bon se situait en moyenne au 12e centile : autrement dit, il ne dépassait que 12 % des participants. Il s'imaginait pourtant au 62e centile.
Les meilleurs, eux, se sous-estimaient un peu : ce qui leur semblait facile, ils le croyaient facile pour tout le monde. Face aux copies des autres, ils revoyaient leur jugement à la hausse. Les moins bons, en revanche, ne le corrigeaient pas.
Enfin, dans une dernière expérience, une courte formation à la logique a suffi pour que les moins bons jugent mieux leur propre copie et revoient leur note à la baisse : progresser rend plus lucide.
En d'autres termes, ce sont les personnes les moins qualifiées qui se surestiment le plus, tandis que les plus compétentes ont tendance à se sous-estimer un peu. 😗
Ce phénomène est souvent résumé par une phrase du naturaliste Charles Darwin, tirée de La Filiation de l'homme (1871) : « L'ignorance engendre plus fréquemment la confiance que ne le fait la connaissance. »
Source : Justin Kruger et David Dunning, « Unskilled and unaware of it », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 77, n° 6, 1999, p. 1121-1134.
Les étapes de la courbe de la connaissance
La courbe que nous avons vue en introduction découpe l'apprentissage en trois étapes. Elle ne sort pas de l'étude, mais beaucoup d'apprenants s'y reconnaissent.
La phase de compétence illusoire
Pour commencer, l'individu possède une confiance surévaluée au tout début : quand il commence à apprendre un sujet, il acquiert quelques connaissances de base assez vite et pense qu'il maîtrise déjà son sujet. On l'appelle la phase d'illusion.
La confiance est à son plus haut niveau, tandis que la compétence réelle est encore très faible. Les individus ont l'impression d'avoir tout compris alors qu'ils ne maîtrisent qu'une infime partie du sujet.
Exemple : Imaginez un étudiant qui vient de commencer à apprendre la programmation. Après quelques formations, il sait coder des boucles simples et des conditions, et se sent pousser des ailes pour développer une application entière.
Il ignore encore la complexité des algorithmes et les optimisations nécessaires pour rendre son site exploitable : c'est dans cette phase que tombent la plupart des personnes. 😉
La phase du désespoir
Ensuite, face aux preuves de son incompétence, l'individu passe dans une autre étape : l'étape de désillusion (également appelée étape de la perte de confiance ou encore du désespoir). En approfondissant son sujet, il réalise toute sa complexité.
C'est dans cette étape que la confiance chute brutalement. C'est également dans cette étape que la plupart des gens abandonnent, pensant qu'ils n'y arriveront jamais.
Exemple : L'étudiant en programmation commence à découvrir des concepts avancés comme les structures de données, les bases de données et la programmation orientée objet. Il se sent dépassé et doute de ses capacités à vraiment maîtriser le sujet un jour.
La phase de croissance
Pour finir, il passe dans l'étape de compétence croissante : grâce à sa montée en compétence, il reprend petit à petit confiance en ses capacités.
À ce stade, les individus prennent conscience de ce qu'ils savent et de ce qu'ils ne savent pas, ce qui leur permet de mieux évaluer leurs compétences.
Exemple : Après des mois (ou des années 🥲) d'entraînement, l'étudiant en programmation devient capable de comprendre des concepts avancés et d'appliquer ses connaissances de manière efficace. Il est confiant, mais reste conscient qu'il y a toujours plus à apprendre.
Exemples sur l'effet Dunning-Kruger
En plus de notre exemple sur l'étudiant en programmation, essayons de voir d'autres situations de la vie de tous les jours dans lesquelles ce biais psychologique est très présent (peut-être même que vous l'avez déjà vécu).
Exemple 1 : Quand on apprend à conduire
Vous souvenez-vous de votre première heure de conduite ? Beaucoup n'ont même pas encore touché le volant qu'ils pensent déjà savoir conduire !
Évidemment, trente heures de conduite plus tard, beaucoup sont passés par toutes les phases de l'effet Dunning-Kruger : de la confiance excessive au désespoir, avec l'envie d'abandonner en se croyant incapable de prendre un jour l'autoroute, jusqu'à l'obtention du permis de conduire.
Exemple 2 : Quand on apprend une nouvelle langue
Ce n'est pas pour rien si les applications qui permettent d'apprendre à maîtriser une langue fleurissent et font tout pour que nous nous accrochions au début : l'effet Dunning-Kruger y est très présent.
Au début, une application bien réalisée peut donner l'impression que « c'est facile ».
Il n'en est rien.
Ce n'est qu'après plusieurs leçons que la majorité des apprenants abandonnent face à l'immensité des connaissances à acquérir.
Enfin, c'est après des mois à s'accrocher qu'ils parviennent à parler couramment une langue tout en ayant conscience de ce qu'ils ne connaissent pas encore.
Comment éviter l'effet Dunning-Kruger ?
Il n'est pas très facile d'éviter ce biais cognitif. En fait, l'essentiel est de rester humble et de continuer à apprendre activement (sans se laisser perturber).
De manière générale, nos apprenants parviennent à combattre cet effet par ces petites astuces :
- Soyez conscient de vos limites : acceptez de ne pas tout savoir et soyez prêt à écouter ceux qui ont plus d'expérience que vous ;
- Prenez du recul : assurez-vous de toujours tester et valider vos connaissances par des retours extérieurs (comme des mentors ou des experts) avant de vous croire pleinement compétent ;
- Adoptez une mentalité d'apprentissage continu : même les plus grands experts n'ont jamais fini d'apprendre. Il n'y a aucun moment où vous « saurez tout ce qu'il faut savoir ».
Conclusion
L'effet Dunning-Kruger nous rappelle l'importance de l'humilité dans notre apprentissage de tous les jours.
Cette courbe de la connaissance n'est pas un résultat de l'étude, mais elle illustre bien le chemin que nous parcourons lorsque nous apprenons quelque chose de nouveau.
Prendre conscience de cet effet, reconnaître ses propres limites et persévérer à travers les moments de doute est essentiel pour évoluer, que ce soit dans le domaine professionnel ou dans la vie quotidienne.
La prochaine fois que vous vous sentirez trop sûr de vous dans un domaine, ou au contraire dépassé, souvenez-vous de l'effet Dunning-Kruger et continuez d'apprendre ! 😬
