Définition
Vous partez à six heures du matin pour un client situé à 250 kilomètres. Un plein, deux péages, une nuit d'hôtel parce que la réunion déborde.
Le soir, vous rangez soigneusement les tickets dans une pochette, en vous disant que tout cela finira bien par se déduire quelque part. Ce ne sera pas le cas.
Les frais de déplacement, ce sont toutes les dépenses engagées pour aller travailler ailleurs que chez vous : carburant, péages, stationnement, billets de train, taxis, hébergement, repas pris sur place.
En micro-entreprise, ils n'existent pas fiscalement : aucun d'eux ne vient en soustraction de ce que vous encaissez. Votre facture d'essence est une dépense réelle, mais elle ne rencontre jamais votre déclaration.
C'est la contrepartie de la simplicité du régime, et la première mauvaise surprise de beaucoup de nouveaux inscrits, en particulier chez les métiers qui roulent : formateurs, artisans, photographes, techniciens qui interviennent sur site.
Pourquoi la déduction n'est jamais possible
Le régime micro repose sur un marché simple.
Vous ne tenez aucune comptabilité de charges.
En échange, l'administration retire d'office un pourcentage de votre Chiffre d'affaires avant de calculer l'impôt : c'est l'Abattement forfaitaire.
Il vaut en 2026 34 % en activité libérale, 50 % en prestations de services commerciales et artisanales, et 71 % en vente de marchandises.
Ce forfait est réputé couvrir la totalité de vos frais professionnels, déplacements compris, comme le rappelle la fiche officielle du régime micro.
Deux conséquences que les articles en ligne oublient souvent.
D'abord, le barème kilométrique publié chaque année par l'administration ne vous concerne pas : il sert aux salariés qui optent pour les frais réels et aux entreprises imposées au réel, pas au régime micro.
Ensuite, le montant réel de vos trajets n'a aucun effet : que vous rouliez 2 000 ou 20 000 kilomètres dans l'année, le pourcentage retiré reste identique.
Une activité qui se déplace beaucoup a donc intérêt à étudier le Passage au régime réel, seul cadre où un péage se déduit pour son montant exact.
Conservez malgré tout vos justificatifs.
Ils ne servent pas à déduire, ils servent à répondre à un client qui demande le détail, et à prouver la nature d'une dépense si votre situation change.
Refacturer au client : le calcul déroulé
Vous êtes consultante libérale non réglementée, donc en BNC et affiliée au régime général.
Une mission facturée 2 000 €, plus 400 € de train et d'hôtel que le client accepte de prendre à sa charge. Vous ajoutez la ligne sur la facture, il vous règle 2 400 €.
Ce sont bien 2 400 € de chiffre d'affaires que vous déclarez, pas 2 000 €.
Sur ces 400 € refacturés, vous payez en 2026 des Cotisations sociales au taux de 25,6 %, soit 102,40 € : c'est le taux des libéraux du régime général, une profession réglementée affiliée à la Cipav cotisant pour sa part à 23,2 % en 2026.
Ce taux ne couvre ni la contribution à la formation professionnelle, qui s'ajoute à 0,2 % pour une activité libérale en 2026 dès lors que vous avez déclaré du chiffre d'affaires l'année civile précédente, ni l'impôt sur le revenu.
Côté fiscal justement, l'abattement de 34 % applicable en 2026 en retire 136 € : il reste 264 € qui s'ajoutent à votre revenu imposable.
Vous avez avancé 400 €, on vous en a rendu 400, et l'opération vous laisse en perte.
Refacturer un déplacement à l'euro près vous fait perdre de l'argent à chaque mission. Le remboursement est du chiffre d'affaires : il est cotisé et imposé comme votre prestation.
La seule façon de s'y retrouver est d'intégrer le déplacement dans votre prix, sous la forme d'un forfait annoncé au devis ou d'un tarif majoré hors de votre zone habituelle.
Refacturation et débours : la seule exception
Un frais refacturé est du chiffre d'affaires, au même titre que votre prestation, et il compte donc dans tous vos compteurs.
Une seule mécanique y échappe : les Débours, c'est-à-dire les sommes que vous payez au nom et pour le compte du client, sur mandat écrit préalable, avec une facture établie au nom de ce client et un remboursement à l'euro près.
En pratique, un billet de train acheté à votre nom n'en est pas un.
La distinction pèse bien au-delà de l'impôt.
Ces frais refacturés gonflent votre chiffre d'affaires, donc vous rapprochent du plafond de la micro-entreprise, fixé à 83 600 € pour les années 2026 à 2028 en prestations de services et en activité libérale.
Ils vous rapprochent surtout du Seuil de TVA, bien plus bas : en 2026, la franchise d'un prestataire s'arrête à 37 500 € de chiffre d'affaires de l'année précédente, et 41 250 € en cours d'année.
Ce n'est d'ailleurs pas le seul plafond de TVA à surveiller : il faut aussi rester sous 85 000 € de chiffre d'affaires total, toutes activités confondues, et 93 500 € en cours d'année.
Confondre le plafond de la micro-entreprise et le seuil de TVA est l'erreur la plus fréquente du régime.
Dernier détail qui décale tout : ce qui compte n'est pas la date de la facture, mais celle de l'encaissement.
Des frais de décembre remboursés en janvier tombent dans le chiffre d'affaires de l'année suivante.
Questions fréquentes
Puis-je déduire mes frais kilométriques si je conserve toutes mes factures d'essence ?
Non, et le nombre de justificatifs n'y change rien.
Le régime micro n'accepte aucune déduction de frais réels : l'abattement forfaitaire est censé les couvrir tous, et le barème kilométrique de l'administration vise d'autres régimes que le vôtre.
Mon client me rembourse mes billets de train : dois-je le déclarer à l'URSSAF ?
Oui, sauf débours en bonne et due forme.
Le remboursement entre dans votre chiffre d'affaires du mois ou du trimestre où vous l'encaissez, et il est soumis aux cotisations au même taux que le reste de votre activité.
Comment facturer un déplacement sans y perdre ?
En le chiffrant comme une prestation, pas comme un remboursement.
Annoncez au devis un forfait déplacement qui absorbe les cotisations et l'impôt à venir, ou appliquez un tarif majoré au-delà d'un certain rayon : le client comprend une ligne claire, et vous ne financez pas ses trajets.