Vous vendez un abonnement à 9,99 euros par mois dans votre application iPhone. Apple en retient environ 3 euros, vous encaissez le reste, et vous n'avez aucune prise sur ce pourcentage. Apple revoit justement les commissions de son App Store en Europe, et le taux unique laisse place à plusieurs chemins possibles.
Dans l'Union européenne, un achat réalisé avec le système de paiement d'Apple est facturé 26 %, ramené à 15 % pour ce qu'Apple décrit comme la majorité des éditeurs. Passer par un autre prestataire de paiement dans l'app coûte 20 %, renvoyer l'acheteur vers votre site coûte 15 %, et une application distribuée en dehors de l'App Store paie 5 % sur ses ventes numériques. Ces règles découlent du Digital Markets Act, le règlement européen qui encadre les grandes plateformes.
Reste à savoir ce que chacun de ces taux coûte réellement une fois les frais de paiement, la TVA et le travail de support remis dans le calcul. C'est là que les écarts affichés fondent, parfois beaucoup.
Quatre taux selon le chemin d'achat
La grille se lit en deux colonnes. Un taux standard, et un taux réduit pour certains programmes.
| Chemin d'achat | Taux standard | Taux réduit |
|---|---|---|
| Achat intégré avec le paiement d'Apple | 26 % | 15 % |
| Prestataire de paiement alternatif dans l'app | 20 % | 10 % |
| Renvoi vers votre site web | 15 % | 10 % |
| App distribuée hors App Store (boutique tierce ou web) | 5 % | 5 % |
Le taux réduit concerne les petites structures, c'est-à-dire les développeurs inscrits au Small Business Program d'Apple, ouvert sous un plafond de revenus annuels. S'y ajoutent le Mini Apps Partner Program, qui vise les applications hébergeant de petites apps tierces, et le Video Partner Program, réservé aux services de vidéo. Les abonnements reconduits après leur première année basculent aussi à 15 %.
Entre 15 % et 26 %, l'écart est de 11 points de pourcentage, pas de 11 %. Sur 10 000 euros de ventes annuelles, cela fait 1 100 euros. Rapporté à ce qu'Apple prélève, passer de 15 % à 26 % représente 73 % de commission en plus.
Pour situer ces chiffres, la commission standard de l'App Store hors Union européenne est de 30 %, ou 15 % pour les petites structures. Les 26 % européens ne sont donc pas une hausse, mais un taux légèrement inférieur assorti d'alternatives.
Encaisser soi-même ne rapporte pas les 6 points affichés
Sur le papier, brancher son propre prestataire de paiement fait tomber la commission de 26 % à 20 %. Six points gagnés. Sauf que votre prestataire se paie aussi. Sur des cartes européennes, comptez de l'ordre de 1,5 à 3 % selon le moyen de paiement, comme le montrent les tarifs publiés par Stripe.
Il reste la TVA. Sur l'App Store, Apple encaisse en son nom et déclare la taxe dans les 27 pays de l'Union. Si vous encaissez vous-même, la TVA du pays de l'acheteur devient votre affaire, avec les déclarations qui vont avec.
Ajoutez les remboursements, les litiges bancaires et les mails de clients qui ne retrouvent pas leur facture. Ce travail était inclus dans les 26 %. Le vrai calcul n'est pas 26 contre 20, mais 26 contre 20 plus vos frais plus vos heures.
Le mode de paiement choisi doit être conservé pendant douze mois. Si vous basculez sur un prestataire externe et que le support vous mange vos soirées, vous ne revenez pas en arrière le mois suivant.
La Core Technology Fee laisse place à une commission de 5 %
C'est le changement le plus lourd de conséquences. Jusqu'ici, un développeur qui quittait l'App Store payait la Core Technology Fee, une redevance de 0,50 euro par première installation annuelle au-delà du million d'installations dans l'Union européenne.
Le problème sautait aux yeux pour les applications gratuites. Une app téléchargée 5 millions de fois dans l'année devait 2 millions d'euros à Apple, qu'elle ait généré des revenus ou non. La facture suivait la popularité, pas le chiffre d'affaires.
À la place, Apple applique une Core Technology Commission de 5 % sur les transactions numériques des applications distribuées hors de l'App Store. Une app gratuite qui ne vend rien paie zéro. Une app qui vend beaucoup paie proportionnellement.
Ouvrir sa boutique d'applications devient accessible à plus de monde
Distribuer des applications tierces sur iOS supposait jusqu'ici deux ans d'ancienneté dans le programme développeur d'Apple et un million d'installations annuelles dans l'Union, ou la preuve d'un soutien financier solide. Autant dire une porte fermée pour un indépendant.
Un seul des critères suivants suffit maintenant :
- un score de stabilité financière évalué par Dun & Bradstreet, une agence qui note la solidité des entreprises ;
- être une société cotée en bourse, ou la filiale d'une société cotée ;
- être financé par un fonds d'investissement reconnu ;
- faire auditer ses comptes par un comptable agréé ;
- être une entité publique, un établissement d'enseignement ou une association.
Le seuil du million d'installations disparaît, ce qui compte pour un projet jeune. La condition porte sur votre capacité à tenir financièrement, plus sur votre audience passée.
Distribuer depuis le web, sans la surveillance continue de l'App Store
Un développeur peut proposer son application au téléchargement direct depuis son propre site, uniquement dans l'Union européenne. Cette voie échappe au contrôle permanent qu'Apple exerce sur les apps de l'App Store.
Chaque application passe quand même par la Notarization, un examen automatique qui vérifie que le logiciel fonctionne et qu'il ne contient pas de menace évidente. Apple le décrit comme un contrôle de base, pas comme une revue éditoriale. Personne ne juge la qualité de votre app, ni sa conformité aux règles de contenu.
Hors App Store, vous perdez aussi ce que la boutique faisait gratuitement pour vous : la page de téléchargement, les mises à jour automatiques, la recherche, les avis et la facturation. Le taux de 5 % est bas parce qu'il ne finance presque rien de tout cela.
Ce qui est interdit face aux mineurs
Apple pose trois limites sur les paiements alternatifs et les liens sortants. Les applications classées dans la catégorie Enfants, définie par les règles de validation de l'App Store, ne peuvent renvoyer vers aucun site de paiement.
Pour les moins de 18 ans, utiliser un paiement alternatif ou suivre un lien vers un site externe exige une validation parentale. Pour les moins de 13 ans, le lien de paiement externe est purement interdit.
Si votre produit vise les adolescents, l'économie de 6 à 11 points se heurte donc à un parcours d'achat plus long. Une validation parentale de plus dans le tunnel, c'est autant d'abandons.
Ce que ça change concrètement pour vous, même en solo
Vous devez choisir votre chemin d'encaissement avant d'écrire l'écran d'abonnement, pas après. Appeler le système d'achat d'Apple ou rediriger vers votre site ne se code pas pareil, et le choix se verrouille pour douze mois. Quand on apprend à créer une application mobile avec React Native, cette décision arrive donc dans les toutes premières maquettes.
Vous pouvez tester une app gratuite à grande diffusion hors App Store sans risquer une facture surprise. Avec l'ancienne redevance de 0,50 euro par installation au-delà du million, un succès viral coûtait cher sans rien rapporter. Avec 5 % sur les transactions, votre facture suit vos ventes. Un outil gratuit financé par le web plutôt que par des achats intégrés ne paie rien à Apple.
Vous restez dépendant des règles d'une boutique, quelle qu'elle soit. Apple a déjà modifié ce cadre plusieurs fois sous la pression de la Commission européenne, qui a annoncé qu'elle surveillerait son application. La même dépendance existe ailleurs, par exemple quand on décide de lancer un chatbot sur le GPT Store d'OpenAI. Gardez un canal de vente que vous contrôlez, ne serait-ce qu'une page de paiement sur votre site.
Questions fréquentes
Quelle commission Apple prélève-t-elle sur l'App Store en Europe ?
Un achat effectué avec le système de paiement d'Apple est facturé 26 %, ramené à 15 % pour les petites structures, les éditeurs des programmes Mini Apps et Video Partner, ainsi que pour les abonnements reconduits après leur première année. Un prestataire de paiement alternatif dans l'app coûte 20 % (10 % pour les mêmes profils), et un renvoi vers un site externe 15 % (10 %).
Qu'est-ce que la Core Technology Commission ?
C'est une commission de 5 % qu'Apple prélève sur les transactions numériques des applications iOS distribuées en dehors de l'App Store, via une boutique alternative ou en téléchargement direct depuis le web. Elle remplace la Core Technology Fee, un forfait de 0,50 euro par première installation annuelle au-delà du million dans l'Union européenne.
Peut-on changer de mode de paiement quand on veut ?
Non. Le mode de paiement retenu pour une application doit être conservé pendant douze mois. Un développeur peut proposer plusieurs parcours en parallèle, l'achat intégré d'Apple et une solution externe, mais la configuration choisie l'engage sur un an.
Faut-il un million d'installations pour ouvrir une boutique d'applications alternative sur iOS ?
Ce seuil ne s'applique plus. Il suffit de remplir un seul critère parmi cinq : un score de stabilité financière chez Dun & Bradstreet, le statut de société cotée ou de filiale d'une société cotée, un financement par un fonds d'investissement reconnu, un audit par un comptable agréé, ou un statut d'entité publique, éducative ou associative.
Les applications pour enfants peuvent-elles utiliser un paiement externe ?
Les applications de la catégorie Enfants de l'App Store ne peuvent pas renvoyer l'utilisateur vers un site de paiement. Dans les autres applications, un utilisateur de moins de 18 ans doit passer par une validation parentale pour utiliser un paiement alternatif, et les moins de 13 ans n'ont pas accès aux liens de paiement externes.

