Définition
Fin du mois. Vous ouvrez votre espace URSSAF pour déclarer, vous reprenez les factures envoyées depuis trente jours, vous les additionnez, vous validez.
Le montant est faux, et il le sera encore le mois suivant : ce qui se déclare n'est pas ce que vous avez facturé, c'est ce que vous avez reçu.
Le livre des recettes est le document qui tient cette différence.
C'est un journal, rempli dans l'ordre du calendrier, où chaque somme réellement perçue s'inscrit à sa date d'Encaissement : un virement arrivé le 6 janvier appartient à janvier, même si la facture porte la date du 18 décembre.
C'est la seule comptabilité obligatoire de la micro-entreprise, et c'est aussi la seule preuve de ce que vous déclarez.
Ce qu'une ligne doit contenir
Aucun modèle n'est imposé : un cahier, un tableur ou un logiciel de facturation conviennent également, tant que les lignes se suivent dans l'ordre des dates, sans blanc ni rature.
Chaque ligne porte la date de l'encaissement, la référence de la pièce justificative, le nom du client, la nature de ce qui a été vendu, le montant reçu et le mode de règlement.
Cette référence est en pratique le numéro de la facture : c'est par lui qu'un contrôleur relie une ligne du livre à un document, et c'est pour cela que la Numérotation des factures doit être continue.
Le mode de règlement n'est pas un ornement. C'est lui qui permet de rapprocher le livre du compte bancaire, et une recette en espèces n'a souvent que cette ligne pour exister.
Les ventes au détail de faible montant réglées en espèces peuvent être totalisées en fin de journée, à condition de conserver les justificatifs de caisse ; hors de ce cas, chaque encaissement occupe sa propre ligne.
Le livre ne s'envoie à personne.
Il se produit sur demande, lors d'un contrôle de l'URSSAF ou de l'administration fiscale, ce qui suppose de l'archiver : la Conservation des documents comptables se compte en années, bien après la fin de la mission concernée.
Un mois de décembre, ligne par ligne
Une graphiste en libéral non réglementé (BNC) envoie trois factures en décembre 2026 : 1 200 €, 800 € et 1 000 €. Elle a donc facturé 3 000 €.
Son livre des recettes, lui, ne retient que deux lignes en décembre : le virement de 1 200 € reçu le 12 et celui de 800 € reçu le 23.
Le client des 1 000 € paie le 6 janvier, et cette somme ouvre la page de janvier 2027.
Décembre se déclare donc à 2 000 €.
Au taux de 25,6 % applicable en 2026 aux activités libérales non réglementées, les cotisations s'élèvent à 512 €.
S'y ajoute la contribution à la formation professionnelle, 0,2 % du Chiffre d'affaires pour un libéral en 2026, soit 4 €.
Elle n'est due que si un chiffre d'affaires a été déclaré l'année civile précédente, ce qui est son cas.
Total versé : 516 €. En additionnant ses factures, elle aurait déclaré 3 000 €, payé 774 €, et avancé 258 € sur un argent qu'elle n'avait pas encore touché.
Un taux de cotisations ne couvre d'ailleurs jamais tout : ni cette contribution, ni la taxe de chambre consulaire due par les commerçants et les artisans, ni l'impôt sur le revenu, qui se règle à part.
Un livre tenu en retard se paie au moment de la TVA.
Le Seuil de TVA majoré, 41 250 € en 2026 pour un prestataire, s'apprécie sur l'année en cours et fait tomber la franchise le jour même où il est franchi : les opérations réalisées à partir de cette date sont soumises à la TVA.
Ce n'est pas un seuil autonome mais un sous-plafond : le chiffre d'affaires total, ventes comprises, doit lui aussi rester sous 93 500 € en 2026, et c'est par là que sortent de la franchise les activités mixtes.
C'est ce que fixe l'article 293 B du code général des impôts, et non le premier jour du mois de dépassement comme on le lit souvent.
Un livre à jour vous donne la date exacte ; un livre repris en mars vous oblige à rééditer des factures, acomptes compris.
Livre des recettes, comptabilité et registre des achats
Trois documents aux noms voisins ne servent pas à la même chose. Le livre des recettes enregistre l'argent qui entre.
Le Registre des achats enregistre l'argent qui sort, et il ne concerne que les activités d'achat-revente, de fourniture de logement et de vente de denrées à consommer sur place : un prestataire de services n'a pas à le tenir.
Une comptabilité d'entreprise, elle, produit un bilan et un compte de résultat, et le régime micro en dispense précisément parce que les charges ne s'y déduisent pas.
Reste la confusion la plus coûteuse.
Le total du livre des recettes est un chiffre d'affaires, pas un revenu : il ignore le matériel, les logiciels et les déplacements, qui sortent de cette somme sans jamais la diminuer.
C'est ce total, et lui seul, que reprend la Déclaration de chiffre d'affaires mensuelle ou trimestrielle adressée à l'URSSAF, y compris quand il est nul : un mois sans encaissement se déclare à 0 €.
Questions fréquentes
Un simple tableur suffit-il ?
Oui, aucun format n'est imposé. Un tableur convient s'il respecte l'ordre des dates, ne laisse ni blanc ni rature et conserve la référence de chaque justificatif.
Le risque n'est pas l'outil, c'est la ligne ajoutée trois mois plus tard : un livre rempli au fil de l'eau reste cohérent avec le compte bancaire, un livre reconstitué ne l'est jamais tout à fait.
Faut-il y inscrire les factures impayées ?
Non. Une facture n'entre dans le livre que le jour de son règlement, et une facture jamais payée n'y entre jamais.
Elle reste une créance à recouvrer, mais elle ne fait partie ni du chiffre d'affaires déclaré ni du calcul des cotisations.
Le suivi des impayés se tient donc à part, dans un tableau de relances.
Que risque-t-on à ne pas le tenir ?
Le livre n'est réclamé qu'en cas de contrôle.
Ce jour-là, son absence vous prive de la seule preuve de vos encaissements : l'administration reconstitue elle-même le chiffre d'affaires à partir des relevés bancaires, et c'est à vous de démontrer qu'elle se trompe.
Le tenir prend quelques minutes par mois, le reconstituer prend des semaines.
Les encaissements par PayPal ou Stripe s'inscrivent-ils au montant net reçu ?
Non, c'est la somme payée par le client qui s'inscrit, avant commission de la plateforme.
La commission est une charge de l'entreprise, et le régime micro ne déduit aucune charge : déclarer le montant net viré sur le compte revient à minorer son chiffre d'affaires.