Définition
Thomas développe des sites en freelance et déclare son activité en micro-entreprise. Son fils naît un mardi de mars.
Le lendemain, un ami salarié lui raconte qu'il a posé son congé paternité en trois clics et que son salaire tombera quand même à la fin du mois. Thomas, lui, n'a pas d'employeur.
Personne ne maintient rien, deux livrables sont en cours, et s'il ferme son ordinateur trois semaines, son mois de mars vaudra zéro euro.
Le congé paternité du travailleur indépendant ne se pose pas, il se demande.
Ce n'est pas un droit à s'absenter, c'est un droit à être indemnisé pendant qu'on s'arrête. Personne ne peut interdire à un micro-entrepreneur de cesser de travailler quelques semaines.
En revanche, l'indemnisation versée par la Sécurité sociale des indépendants suppose une interruption réelle de l'activité, une demande déposée auprès de la caisse, et des conditions d'affiliation et de revenu qui lui sont propres.
Le versement prend la forme d'Indemnités journalières, comme pour un arrêt maladie, et non d'un salaire maintenu par quelqu'un d'autre.
Ce que ce congé vous a déjà coûté
Cette indemnisation n'est pas un cadeau de l'administration : elle est financée par vos Cotisations sociales, et elle l'est depuis votre première facture.
Le taux global que vous payez chaque trimestre n'est pas un bloc indistinct, il se répartit entre des lignes qui ouvrent chacune un droit.
L'une d'elles porte le nom d'indemnités journalières.
Au 1er janvier 2026, elle représente 1,50 % du forfait pour une activité libérale du régime général relevant des BNC, 1,25 % pour les activités relevant des BIC, ventes comprises, et 0,80 % pour les affiliés à la Cipav.
Thomas encaisse 3 000 € en mars 2026 en prestations relevant des BNC.
Son taux global de cotisations est de 25,6 % en 2026, soit 768 €. S'y ajoute la contribution à la formation professionnelle, 0,2 % pour les professions libérales en 2026.
Un commerçant ou un artisan paie en plus la taxe de chambre consulaire, à laquelle un libéral n'est pas soumis.
Le taux affiché n'est jamais le total prélevé, et il ne couvre pas davantage l'impôt sur le revenu.
Sur ces 768 €, la ligne des indemnités journalières pèse 1,50 %, ce qui revient à 11,52 € pour le mois. Voilà le prix réel de la couverture qui financera son congé.
Le corollaire est moins agréable. Un chiffre d'affaires nul ne coûte rien et n'alimente rien : le mois où Thomas ne facture pas, aucune cotisation n'est due, et cette ligne ne reçoit rien.
Les conditions d'ouverture du droit, la durée du congé et le montant journalier versé sont fixés par la Sécurité sociale et révisés régulièrement.
Cette page ne les recopie pas : ils se vérifient sur ameli.fr et sur votre compte, qui font foi le jour où la demande est déposée.
S'arrêter ne met pas l'entreprise en pause
Le congé suspend votre travail, pas vos obligations. La Déclaration de chiffre d'affaires reste à déposer à chaque échéance, à zéro s'il le faut.
La CFE reste due pour l'année entière : la réduction prévue pour les mois restant à courir vise les entreprises qui cessent leur activité, pas celles qui s'interrompent quelques semaines.
Et le plafond de 83 600 € applicable aux prestations de services et aux activités libérales pour les années 2026 à 2028 ne se proratise pas.
La seule proratisation prévue est celle de l'année de création. Elle-même ne coûte le régime à personne : le micro est acquis de plein droit l'année de création et la suivante.
Un cas mérite une attention particulière, celui du père qui crée son activité juste avant la naissance.
L'ACRE minore les cotisations des créateurs en micro-entreprise jusqu'à la fin du troisième trimestre civil qui suit celui du début d'activité, soit de neuf à douze mois selon la date de démarrage.
Or l'aide est considérée comme utilisée même en l'absence de chiffre d'affaires : un créateur qui s'arrête aussitôt consomme son exonération à vide, et il faut attendre trois ans pour en bénéficier de nouveau.
Et puisque le compteur s'arrête sur un trimestre civil, démarrer le premier jour d'un trimestre plutôt que le dernier fait la différence entre douze mois de cotisations minorées et neuf.
Dernier effet, sur la retraite.
Les droits se calculent sur les cotisations effectivement payées, donc sur le chiffre d'affaires réellement encaissé : un trimestre sans facturation ne construit rien.
Pour un affilié à la Cipav, il faut 2 792 € de chiffre d'affaires en 2026 pour valider un trimestre, et 11 168 € pour en valider quatre.
En dehors des professions libérales réglementées, l'administration ne publie plus de montant de chiffre d'affaires par activité : le relevé de carrière fait foi.
Un arrêt long placé dans une année creuse peut donc faire manquer une Validation de trimestre.
Paternité, maternité, radiation : trois choses différentes
Le Congé maternité de la travailleuse indépendante combine deux versements : des indemnités journalières et une allocation forfaitaire de repos maternel.
Le congé paternité ne comporte pas cette allocation forfaitaire, il repose uniquement sur les indemnités journalières.
Les deux dispositifs se ressemblent de loin, ils ne se calculent pas de la même façon, et un montant lu sur une page consacrée à la maternité ne se transpose pas au père.
La deuxième confusion est plus lourde de conséquences.
S'interrompre quelques semaines n'est pas cesser son activité : le numéro reste actif, l'entreprise existe toujours, les échéances continuent de tomber.
La radiation, elle, ferme l'entreprise pour de bon, et ce n'est évidemment pas la façon de prendre un congé.
Enfin, le micro-entrepreneur n'a pas de congés payés : ce congé indemnisé est, avec l'arrêt maladie, l'un des rares moments où une interruption de travail donne lieu à un versement.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment arrêter de travailler pour être indemnisé ?
Oui. L'indemnisation repose sur une interruption effective de l'activité, déclarée à la caisse, et non sur le seul fait d'avoir un enfant.
Le congé se demande dans les formes et les délais fixés par la Sécurité sociale, avant la période concernée, jamais après coup au moment de la déclaration de revenus.
Dois-je déclarer mon chiffre d'affaires pendant le congé ?
Oui, et à zéro si vous n'avez rien encaissé. La déclaration reste obligatoire à chaque échéance : c'est son absence qui se pénalise, pas l'absence de chiffre d'affaires.
Une déclaration à zéro ne génère aucune cotisation, elle n'ouvre donc aucun droit nouveau sur la période concernée.
Vais-je payer ma CFE l'année de mon congé ?
Oui, en totalité.
Le congé n'est pas une cessation d'activité, et la réduction prévue pour les mois restant à courir concerne les entreprises qui ferment en cours d'année, sur demande adressée au service des impôts des entreprises.
Une interruption de quelques semaines ne change rien à la cotisation due pour l'année.
Mon congé me fait-il perdre des trimestres de retraite ?
Il le peut.
Les trimestres se valident sur les cotisations effectivement payées, donc sur le chiffre d'affaires encaissé : quelques semaines sans facturer dans une bonne année ne changent rien, un arrêt long dans une année creuse peut coûter un trimestre.
Pour un affilié à la Cipav, le repère 2026 est de 2 792 € de chiffre d'affaires par trimestre validé ; ailleurs, aucun montant par activité n'est publié et c'est le relevé de carrière qui fait foi.
Taux de cotisation en vigueur en 2026, vérifiés au 5 septembre 2026.